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Petra eo ar blog-se ?

Pendant longtemps ce blog a été le blog du comité du Trégor-Goelo de la Gauche Indépendantiste Bretonne.La Gauche Indépendantiste Bretonne est en restructuration.Elle se dotera sans doute de nouveaux moyens de communication. Les anciens textes seront laissés comme archives. Ce blog devient celui de son seul animateur, par ailleurs militant de la gauche indépendantiste.Rennes le 20 octobre 2009.





E-pad pell eo bet ar blog-se hini komite Emgann bro dreger-goeloù.Emañ an tu-kleiz evit Breizh Dizalc'h oc'h en em adframmañ.Moarvat en do ar strollad nevez e doareoù kehentiñ.An testennoù kozh a chomo evel dielloù . Dont a ra ar blog mañ da vezañ adalek hiziv hini e vuhezour a chom feal da vreizh dieub ha sokialour.. Roazhon, d'an 20 a viz Here 2009.

Texte Libre

 

 

 

10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 11:10







Plutôt que de se contenter de lire les articles prétendument informatifs sur les dernières arrestations des numéros 1 de ETA nous vous invitons à lire cette interview d'un dirigeant de Batasuna qui fait le tour des enjeux du moment au Pays Basque. Emgann-MGI est signataire de l'appelde Corti aux cotés de nombreusses organisations indépendantistes des peuples sous domination française dont Batasuna.

Merci au CSPB de Lille pour la traduction et la diffusion.

Commission relations internationales d'Emgann-MGI.





Traduction de l’interview d’Arnaldo OTEGI au quotidien basque GARA

 Envoyé par : Comité solidarité basque Lille csblille@aol.com 4 décembre 2008

« La gauche basque doit mettre en place une stratégie efficace pour déboucher sur une situation démocratique »

Arnaldo Otegi

Voici le premier entretien d’A. Otegi concédé à un journal national depuis sa remise en liberté il y a trois mois. Un an et demi après la fin des négociations, Arnaldo Otegi souligne la nécessité d’articuler une stratégie susceptible de dépasser le blocage actuel et de renverser le mur contre lequel les revendications basques sont venues s'écraser dans le passé. Et de souligner que, seule, la gauche basque dispose des leviers capables de faire évoluer la scène politique et d'élaborer un projet enthousiasmant.

Iñaki IRIONDO-Ramón SOLA

Arnaldo Otegi, interlocuteur de la gauche basque auprès de l’État espagnol, parle de la nécessité pour la gauche basque en particulier et pour les indépendantistes basques en général d'articuler une stratégie efficace permettant de sauter le mur contre lequel les processus de résolution précédents sont venus s’écraser. Le mur représentant l’impossibilité de passer de la situation actuelle, en bout de course mais en place, à une nouvelle situation démocratique. Pour cela, il soutient qu’il faut organiser un bloc indépendantiste à la gauche du Parti Nationaliste Basque, susceptible de modifier le rapport de forces existant au sein de l’espace basque.


De nombreuses spéculations ont accompagné votre remise en liberté après laquelle vous avez gardé le silence plusieurs mois durant. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

Fondamentalement, j’ai parlé avec des gens et j’ai écouté. C’est ce que j’avais pensé pendant mon séjour derrière les barreaux. Étant donné la situation de blocage existante, et sortant d'un processus de  négociations avec l'État, j'avais pensé consacrer trois mois à parler avec le maximum de gens possible pour obtenir une sorte de radiographie de la situation, de l’état d’esprit de la gauche basque et d'autres secteurs sociaux. Cela m’a permis de sentir quelle était l’opinion majoritaire.


Et quel est le résultat de cette radiographie ?

D’un côté, on ressent une impression très forte de blocage, assorti d’une situation terrible en termes de répression. J’ai également perçu des indicateurs de frustration et de scepticisme face à une situation dans laquelle le mouvement basque de gauche semble grippé politiquement parlant. Mais, dans le même temps, j’ai observé que de nombreux secteurs populaires attendent quelque chose de la gauche basque, car ils considèrent que, en collaboration avec d’autres forces, elle est capable de faire bouger la scène politique et ils attendent une reprise de l'initiative pour adhérer à un projet politique enthousiasmant. Et je parle là de secteurs très amples du pays.

Mais, les conditions sont-elles réunies pour que la gauche basque mette en place une telle alternative ?

Tout en assumant les erreurs commises, il y a un fait à souligner : l’opération politique conçue par l’État il y a de cela trente ans pour l’assimilation du peuple basque, le démembrement du territoire et le refus de toute souveraineté, et visant également à annihiler la gauche indépendantiste, a échoué. Les instruments mis en place pour assimiler le peuple basque, tels que les statuts d’autonomie de la Communauté Autonome du Pays Basque et de la Navarre, ont été désactivés en grande part grâce à notre lutte. Et c’est un constat qu’il est possible de faire en termes nationaux, car c’est dans l’ensemble de l’Euskal Herria que les statuts en vigueur sont remis en question. Actuellement, personne ne pense que l’avenir du pays pourra être construit sur les fondations jetées il y a trente ans. C’est là une victoire importante de la gauche basque qu’il va falloir transmettre correctement. On constate qu’il existe une majorité populaire, syndicale et politique qui pourrait articuler une alternative aux statuts en place, et la responsabilité de la construction d’une stratégie efficace permettant de passer de la situation actuelle de négation et d’imposition à une scène démocratique revient à la gauche basque.


Quelles sont ces conditions pour le changement que vous évoquez ?

La première condition, et la grande victoire, est d’avoir fait échouer les instruments mis en place il y a trente ans pour assimiler le peuple basque et la gauche de ce pays. La seconde condition, c’est que la majorité populaire et sociale du pays a assimilé qu’une alternative démocratique, par rapport à l’État espagnol, passe par la prise en considération des quatre territoires et du droit du peuple basque à décider librement et démocratiquement de son avenir. Et la troisième condition favorable est l'existence d'un contexte européen propice au courant voulant la création d’un État basque. Et nous avons l’exemple, cette semaine, du Groenland, auquel pourrait venir s'ajouter l'Écosse. L'essentiel, en tout état de cause, n'est pas d'établir un diagnostic exact et susceptible d'être partagé mais de savoir comment nous serons capables de lancer une stratégie de changement politique en Euskal Herria, un processus menant à des négociations avec l’État conduisant à une situation démocratique où développer l'option indépendantiste et socialiste pour le peuple basque.

Vous avez parlé de la mise en place de conditions pour une négociation avec l’État. Croyez-vous qu’il existe une conscience des acquis des dernières négociations, par exemple, de la portée de l‘implication internationale ?

Non, les gens n’ont pas conscience de cela pour la bonne raison que nous avons maintenu une discrétion totale dans les renseignements que nous avons diffusés. Mais ceux et celles qui, comme moi, ont vécu cette expérience en personne peuvent cependant certifier l’existence d’une implication international au plus haut niveau et que, en Europe Centrale, nous avons abordé un débat en termes politiques, débat qui englobait la question territoriale et le droit à décider librement et démocratiquement de notre avenir, et que notre position était considérée comme raisonnable par une grande part des observateurs internationaux. Et je considère que ces acteurs sont aussi bien disposés qu’auparavant pour collaborer à la mise en place d’un nouveau processus de négociations.

C’est une donnée qui a son importance.

Oui, parce que je crois que la gauche indépendantiste doit jouer un rôle à trois niveaux principalement. Le premier est l’articulation d'une alternative politique à la gauche du Parti Nationaliste Basque, alternative capable de diriger le changement politique depuis des positions indépendantistes. Le second niveau concerne le terrain de la confrontation avec les États espagnol et français, où une combinaison de négociations et d’accords est nécessaire pour résoudre en termes démocratiques le conflit politique, sous l’impulsion d’un groupement des forces indépendantistes et progressistes. Et le troisième niveau, c’est la scène européenne. Le processus permet d’installer le débat sur le problème basque en Europe et dans la communauté internationale en général et, actuellement, on peut dire qu'en Europe, par la construction démocratique d’amples majorités autour de l’indépendance, il est possible d’accéder à la construction d’un État.


Outre l’implication internationale, que faut-il garder du processus précédent qui puisse servir à l'avenir ?

Lors des négociations de Loiola comme au moment de la dernière étape de celles-ci, politiquement parlant, on a constaté des avancées. Ce qui ne veut pas dire que les négociations soient arrivées à bon port. Des avancées sont à retenir sur certains points et sur d'autres, non.

Et toute tentative de réédition d’un processus de négociations avec l’État espagnol devra avoir des bases solides.

 

 La première de ces bases devrait être la participation indispensable de l’ensemble de la société basque en tant que véritable garante du déroulement des négociations. En deuxième lieu, il s'agit de renforcer l'indépendantisme du pays, de construire un bloc populaire indépendantiste, en solitaire ou accompagné, qui articule une majorité désireuse de changement et un secteur populaire voulant construire un État depuis la gauche. En d’autres termes, il s’agit d’une proposition s’adressant au peuple basque de gauche. Ce secteur devra faire face à la répression de l'État. Et il convient de rappeler que les recettes répressives ne vont ni altérer notre position politique ni détruire la gauche indépendantiste. En troisième lieu, une tâche incontournable consiste à obtenir l'implication de la communauté internationale. Et en quatrième et dernier lieu, il nous faut revenir à la teneur politique et au niveau qui étaient ceux de la dernière étape des négociations pour, à partir de là, tenter une reconstruction.


Vous évoquez un bloc indépendantiste. Comment le construire et avec qui ?

J’en appelle avant tout à avoir confiance en nos propres forces. La gauche indépendantiste dispose d’une base solide dans le pays et d’un parcours historique fait de nombreuses années de sacrifices, de militance, d'honnêteté politique et révolutionnaire, assaisonnées d’une bonne dose de gestion institutionnelle. À partir de là, les indépendantistes doivent diriger ce moment historique, et cela passe par la construction d'une alternative au PNB.



Vous ne voyez pas le Parti Nationaliste Basque au sein du bloc indépendantiste ?

Non. Mais c’est le PNB lui-même qui s’exclut, aussi bien en ce qui concerne le modèle politique que la position sociale. Ce parti a tout à fait le droit d’appliquer la politique conçue et décidée par lui. Mais nous avons pu constater que ce PNB, son bureau politique en tête, mise sur une installation au sein du modèle de l'État espagnol et nie les voies nécessaires à la construction d'un État basque. C’est son choix. Et c’est pourquoi je pense qu’il faut nous libérer d’un certain complexe psychologique vis-à-vis du PNB. Nous ne pouvons consacrer davantage d’efforts à vouloir faire du PNB ce qu’il n’est pas. Le PNB est engagé par des hypothèques politiques, économiques et institutionnelles avec l'État espagnol ; c'est le PNB actuel. Et c’est à nous, les indépendantistes, que revient la responsabilité de construire un État basque, de diriger ce processus sans attendre personne, en lançant une proposition à ce que l'on pourrait appeler le peuple basque de gauche. L’analyse des données électorales et les nombreux entretiens avec des secteurs appartenant ou non à la gauche basque et au mouvement syndical ou associatif dessinent un courant populaire et social désireux de voir quelqu’un s’atteler à la construction d’une alternative au PNB depuis l’indépendantisme et depuis la gauche, et désireux que la gauche basque endosse ce rôle. Il s’agit de savoir comment aborder une politique d’alliances envisageant les choses d’une manière différente, alliances qui, à un moment donné, deviennent opérationnelles du point de vue politique, électoral et institutionnel. Mais la première chose à faire, pour la gauche basque, est de prendre conscience qu’il lui faut diriger, en compagnie d’autres forces, une stratégie visant à récupérer la souveraineté basque et à ouvrir la voie de la construction d’un État basque. C’est ce que nous devons accomplir et le plus tôt sera le mieux. Les conditions sont là et nous devons avoir l'ambition de gagner.

Mais quand certains de ces secteurs se rapprochent de la gauche basque, le premier obstacle évoqué, c'est l’existence de la lutte armée. C’est le cas du syndicat ELA, du parti nationaliste EA...

Il semble que tout fonctionne en cercle. C’est évident. Mais nous devons éviter les recettes faciles. Parce qu'il n'est pas sûr que la cessation ou la persistance de la lutte armée suffise à résoudre tous les problèmes. Et ce n’est pas non plus une solution de parler d’un pôle pro souveraineté mal défini, aux limites mal déterminées et sans programme. Nous devons faire bien les choses. De quoi s’agit-il ? De construire une stratégie efficace pour, en premier lieu, obtenir des conditions démocratiques, en partant de la reconnaissance nationale et du respect à la volonté populaire basque, pour pouvoir, en second lieu, avancer vers la création de l’État basque. C’est le débat qu’il faut aborder et qu’il faut aborder dans son intégrité. Il ne s’agit pas de faire les choses partiellement, du style : toi, tu fais ça et lui, il fait autre chose. Nous  devons construire ce bloc réclamé par une grande partie du pays. Et il faut le faire avec la perspective du moment historique et avec l’ambition de gagner, mais pas comme un appât qui tenterait de tirer un bénéfice électoral de l'apartheid imposé à la gauche basque.


Vous proposez donc un nouveau pacte de Lizarra-Garazi ?

Attention aux étiquettes. Je préfère parler de la nécessité d’articuler et d’accumuler des forces autour du projet indépendantiste, avec d’autres secteurs politiques, syndicaux et sociaux. Mais on ne peut pas revenir au modèle de Lizarra envisagé, comme en 1998, comme un modèle de négociations. Dans l’antichambre d’un nouveau cycle, avec la remise en place stratégique de l’ensemble des acteurs politiques, il faut accumuler des forces aussi bien au niveau de la reconnaissance nationale et du droit à l’autodétermination qu’au niveau du modèle stratégique indépendantiste. En d’autres termes, le regroupement autour du droit du peuple basque à disposer de lui-même, mais également pour savoir quelle est la référence stratégique du modèle politique et social.



Dans l’avenir immédiat, en mars prochain, le calendrier annonce des élections régionales autonomes dans la Communauté du Pays Basque. Comment la gauche basque les envisage-t-elle ?

J’aimerais souligner une idée importante. Dès sa fondation, Herri Batasuna a eu la lutte institutionnelle et la lutte de masses comme objectif. L’État espagnol, à une certaine époque, voulait que notre présence au sein des institutions soit un appât pour nous assimiler, comme cela a été le cas avec des partis comme Euskadiko Eskerra ou d'autres secteurs. Trente ans après, l'État tente de nous rejeter des institutions. On pourrait lui demander pourquoi. Je crois que c’est parce que nous sommes à l'origine d'une présence, d'une lutte institutionnelle et d'une gestion qui consolident une alternative politique intégrale, au Pays basque. C’est pour cela qu’ils veulent nous rejeter. Et je crois que la gauche basque doit être présente aux élections, doit être présente au sein des institutions, doit être présente dans la lutte de masses, même si, dans la conjoncture actuelle, la raison d'État veut nous empêcher légalement de participer aux prochaines élections et, partant, d'être présents au Parlement basque, comme c’est déjà le cas au Parlement de Navarre et dans une multitude de mairies. Mais la gauche basque doit faire un effort pour être présente à la fois aux élections et dans les institutions. J’insiste, la vocation de la gauche basque est de participer aux élections et de travailler au sein des institutions du Pays basque, parce nous sommes nés pour cela, et de compléter ainsi la lutte populaire en jouant le rôle de courroie de transmission des revendications des travailleurs basques.


L’État espagnol se trouve-t-il actuellement en situation de force ?

L’État dispose des mécanismes de pression et de répression visibles au jour le jour. Il a démontré, au cours des siècles, une capacité à se montrer implacable et cruel. Mais, politiquement, il est affaibli face aux demandes démocratiques du peuple basque. D’abord, parce que la stratégie conçue il y a trente ans pour assimiler le peuple basque et liquider la gauche basque a échoué. Le problème basque est toujours là, tandis que le peuple basque souhaite une organisation démocratique. C’est là sa faiblesse. L’État n’a pas réussi à ce que la majorité populaire basque accepte sans problème de rester espagnole ou de renoncer à la construction nationale. C’est notre carte maîtresse, notre principal atout. Dans ce domaine, il est affaibli, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas capable de se montrer très cruel. L’État est stratégiquement plus faible qu’il y a trente ans, mais le problème est que, même si nous avons gagné du terrain, la situation reste bloquée.


Et quelle peut être la clé d’un déblocage ?

Inverser le rapport de forces et l’amener sur le terrain de la confrontation avec l’État. Il est certain que nous avons usé ses instruments, qu’il existe une majorité favorable au changement mais, à chaque fois que nous tentons de passer de cette situation à un contexte démocratique, nous nous heurtons au même mur. Et nous devons analyser ce que nous faisons mal pour échouer toujours au même endroit. Nous avons su résister et affaiblir les instruments de l’État espagnol mais nous ne savons pas comment faire le grand saut. Nous sommes en transit entre deux situations et, actuellement, c’est l’État à qui bénéficie la pérennisation de cette situation de transit. Parce qu’il considère que tant que dure la situation actuelle, bien évidemment, on ne débouche sur rien de nouveau et que, en outre, c'est de son point de vue une situation plus aisée à gérer.



Que devrait faire la gauche basque pour accélérer le changement ?

Il lui fait reprendre l’initiative politique. Il y a des secteurs sociaux et populaires qui adhèrent au diagnostic et à l’alternative proposée par la gauche basque, et il nous revient de les organiser et de les doter d'une stratégie efficace leur permettant de construire un panorama démocratique pour aborder ensuite un processus d'articulation territoriale et de souveraineté susceptible de nous mener vers un État Basque Socialiste. Il faut savoir agir dans la tranquillité. Et, il nous faut trouver comment construire une nouvelle situation en partant de la situation actuelle, c’est là que la gauche basque doit effectuer une réflexion profonde.


Reprendre l’initiative politique est quelque chose qui semble difficile. Car toutes les personnes qui, à vos côtés, formaient le Bureau Politique sont derrière les barreaux...

On m'a toujours collé l’étiquette d’optimiste, mais les raisons de mon optimisme sont extraites de l'analyse politique. Nous sommes né du peuple et au service du peuple, et aucun autre garant de la libération nationale n’existe que le peuple, que l’organisation des secteurs populaires à des niveaux majoritaires. C’est notre garantie, notre sécurité et notre filet. C’est notre terrain de jeu. À côté de cela, la réalité, c’est que nous avons plus de 750 prisonnières et prisonniers politiques, soit le plus grand nombre jamais connu au Pays basque.  Et ces prisonniers sont d’abord des personnes. Il ne faut pas l'oublier : les prisonnières et les prisonniers sont, en premier lieu, des personnes et, en second lieu, des militants politiques. Et ils font un grand sacrifice pour le peuple basque. Je l’ai dit lors de la cérémonie de bienvenue à Elgoibar et je le répète : obtenir leur libération est un devoir éthique, politique et humain de la gauche basque.


Et que peut faire la gauche basque à cet égard ?

En premier lieu, elle peut lutter pour le changement politique et participer à des dynamiques de mobilisation des masses en faveur des personnes victimes de représailles. En second lieu, elle peut travailler à ce que ce type de dynamiques rassemble le plus grand nombre possible de secteurs politiques, sociaux et syndicaux. Et en troisième lieu, elle peut inscrire leur libération dans un processus de négociations et d'accords avec les États espagnols et français.


Quelles sont les options réelles de récupérer un processus de négociation et quelle est la volonté de l’État pour cela ?

Il faut contourner le problème des volontés. En principe, l’État n’a pas la volonté de faire des concessions à l'endroit de sa propre souveraineté. Il faut partir de cette base. Eux, ils ont un État bien organisé tandis que nous, nous n’avons pas d’État. Aucun État ne participe volontairement à un processus de négociations. Par contre, il va négocier soit par nécessiter soit mû par des intérêts qui peuvent être de différentes sortes. Et la volonté de l’État, logiquement, est d’aboutir à un accord en cédant le moins possible. La question fondamentale de cette période de transit entre deux cycles, après l’épuisement du statut juridique imposé à l’Euskal Herria, consiste en la force et la conviction que la société basque pourra rassembler pour influer sur les changements politiques. Et cela relève de la responsabilité de la gauche basque.


Dans ce cas, sur quelles bases des négociations avec l’État devraient-elles être fondées ?

Il faudrait repartir sur la base qui a été abandonnée lors de la dernière étape de négociations, et l’approfondir pour trouver une solution démocratique au conflit. Mais je n’y mets pas de date, ni demain ni après-demain, même si, à mon avis, le plus tôt sera le mieux, pour tout le monde. La force de la gauche basque sera d’abord de s’asseoir à la table des négociations en défendant une position politique démocratique jouissant d’un appui majoritaire en Euskal Herria. C’est essentiel, c’est ma force et je n’en ai pas d’autre. Ensuite, nous avons le contexte européen, avec les exemples du Groenland et de l’Écosse, qui pointe vers une solution similaire à celle que nous proposons. Puis, je pense que si, avant, pendant et après le processus, nous sommes capables d’articuler un grand mouvement populaire capable de diriger les secteurs indépendantistes, nos positions se verront renforcées au cours du processus de négociations. Sans oublier qu’il n’existe pas de processus sans contradictions, ni de processus rapides ou miracles. Un processus de négociations ne consiste pas à s’asseoir pour signer ce que l’autre propose, mais qu’il s’agit de s’attacher à résoudre les problèmes. Ceci dit, je crois aussi que l’État espagnol manque de culture démocratique pour affronter un processus de ce type. Et, encore plus important de désactiver la stratégie répressive, il est essentiel d’expliquer au peuple espagnol que, indépendamment de la lutte armée, ou du terrorisme comme ils disent, il existe un problème politique qui doit être résolu en termes politiques à travers de mécanismes de dialogue et de négociations. C’est la thérapie pour accords démocratiques capables de garantir un climat de paix et des solutions stables et durables.

 

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